Ultra MIUT à Madère

Aurore, happy ambassadrice basque, s’est lancée sur l’Ultra Trail de Madère, le MIUT, le 28 avril 2018. Elle vous raconte tout son séjour sur place !


Vendredi 27 avril, il est 17h, j’atterris sans encombre (et apparemment c’est rare) au fameux aéroport Cristiano Ronaldo de Madère. On part chercher notre voiture de location, 1h30 plus tard, après avoir rencontré quelques soucis.  Nous nous dépêchons d’aller retrouver Chloé et Adrien à la remise de dossards, on a plus qu’une heure avant que le bureau de retrait ne ferme.

On arrive à Machico à 18h30, je sens déjà une atmosphère spéciale dans cette ville… Demain, mon arrivée, se fera ici ! Est-ce-que je vais y arriver ?  Est-ce-que je vais la franchir cette ligne ? Je ressens à la fois du stress, de l’excitation, de la peur, de l’envie… Je me détends dès que je retrouve Adrien et Chloé, c’est tellement improbable de se retrouver ici ! J’ai tellement l’habitude de les voir sur les sentiers basques, que se retrouver à Madère, la veille d’un ultra, après avoir voyagé toute la journée, c’est juste vraiment trop dingue !

Récupérer les dossards !

On récupère les dossards et notre sac de coureur. On prend le temps d’échanger quelques mots avec les bénévoles qui sont adorables… Je demande si la météo va être bonne, on me répond dans un français avec un joli accent portugais « Vous savez ici il y a les montagnes, et dans les montagnes il pleut souvent ! ». Bon au moins je suis prévenue !

On part faire quelques photos sur l’arrivée… Cette arrivée si proche et pourtant demain, c’est 85 km et 4800 D+ qui nous séparera.

On ne s’attarde pas, on doit encore faire 50 minutes de route jusqu’à Sao Vicente, ville de départ de l’ultra, où on a réservé la nuit ! La traversée de l’île en voiture me permet d’appréhender un peu les reliefs. Quelles sont hautes et escarpées les montagnes ici ! Je me rassure en me disant que j’avais eu la même impression à La Palma l’année dernière !

Arrivée à l’hôtel !

20h, on arrive à l’hôtel Estalagem do Mar. La chambre est splendide et offre une vue sur l’océan qui donne un vrai coup de fouet !  21h30, on mange. Je n’ai pas d’appétit et pourtant c’est le meilleur steak de thon que je mange de ma vie ! Avant le dessert, je demande l’heure ! 22h30 ?!!!! Prise de panique ! Il faut que je prépare mes affaires, me douche, dorme… Bref ! « Obrigada » et tant pis pour le dessert !

23h30, j’éteins la lumière. 00h30, j’ai l’impression d’avoir fait ma nuit. 2h, j’ai l’impression d’avoir oublié de me réveiller. 3h, je vérifie l’heure sur mon portable… 4h, 4h30, 5h… Driiiiiiing !!! L’alarme de mon téléphone n’a même pas eu le temps de se déclencher que je suis déjà debout à sauter partout. Je descends dans le réfectoire petit-déjeuner avec mon pot de basquella (nutella made in Pays basque) à la main. Deux tartines, je ne peux rien manger de plus. J’entends le vent et la pluie battre contre les vitres de la salle, j’espère juste que ce n’est que passager.

C’est le Jour J : départ pour le MIUT

6h, on décolle ! 6h10, on se gare près de la ligne de départ. Il pleut de plus en plus. J’avais prévu de m’échauffer mais je préfère attendre le plus possible au chaud dans la voiture. 6h30, il faut se motiver pour rejoindre le départ. Tous les coureurs sont agglutinés dans un gymnase. Ça parle dans toutes les langues. Tout le monde se regarde. Je pense qu’on se demande tous « pourquoi on fait ça ? ». « Qui est assez fou pour aimer se lever à 5h et se faire tremper sous la pluie pendant 85 km ? »

6h55, le speaker hurle au micro pour qu’on sorte du gymnase et qu’on se mette derrière la ligne de départ. Une vraie punition ! Il pleut à torrent ! J’échange avec un français, il me dit qu’il est ici pour la première fois, qu’il veut tourner en 18-19h. Le même objectif que moi, je vais en faire mon lièvre !

6h58, le speaker chauffe « Ils sont où les français, ils sont où les espagnols, ils sont où les portugais… » . 5,4,3,2,1 !! Goooooooooo.

Un départ un peu trop rapide

Le rythme est rapide, mais je sais que ça ne va pas durer longtemps vu le profil de la course. J’essaye de ne pas perdre de vue mon lièvre français. Ça monte bien raide sur du bitume, pour ensuite partir sur des sentiers de trail. On court à côté de levadas (canaux d’irrigation. typiques de Madere), sous des tunnels, on monte des marches, on traverse des ruisseaux. Déjà, dès les premiers kilomètres, c’est très varié !

On commence à attaquer une descente dans de la gadoue bien glissante ! Je vole ! Et oui s’entrainer pendant 5 mois sous la flotte et dans la boue au Pays basque ça a du bon ! Je me sers de mes acquis ! 13ème km, premier ravito ! Mathieu est sur les starting-blocks pour m’assister… Mais je n’ai besoin de rien. Juste un peu d’eau, du sel, et du miel dans mes flasques. Je prends un thé chaud au ravito et je repars.

C’est là que ça commence à se compliquer. Des marches, des marches et des marches. Sans parler du vide à côté des marches. On atteint ensuite un sentier qui monte à flanc de falaise, c’est magnifique. Il fait froid, mais je me sens bien, le paysage se dégage un peu, les montagnes sont splendides, ça me rappelle la Réunion.

Les premières descentes… techniques !

Vient ensuite une descente ultra technique ! Le genre de descente bien glissante avec du vide de chaque côté. Il ne faut pas se louper et être hyper concentrée ! Tout le monde glisse ! C’est l’horreur, ça me coupe les jambes. On ne va pas vite du tout, je commence à avoir très froid. Je suis vidée d’énergie et pourtant je suis seulement au km27. Ça va être très, très long ! La montée sur le bitume pour atteindre la base de vie à Curral de Freiras finit par m’achever.

A la base de vie, je tremble de partout. Je n’arrive pas à me déshabiller tellement je grelote. Mes gestes sont complétements désordonnés. Je prends le temps de me réchauffer, je troque ma jupette de trail pour un legging. Je change de tee-shirt. J’hésite à mettre une sous couche à manche longue sous la gore tex. Mathieu me dit que je risque d’avoir trop chaud en montée. Ok, je l’écoute. Je pars me prendre un plat de pâte et du thé. On nous check notre sac pour voir si on a le matériel obligatoire avant la terrible montée qui nous attend. 25 minutes après mon arrivée, je sors de la base de vie, prête à affronter la suite !

J’affronte la partie du trail la plus compliquée : l’ascension du Pico Ruivo. J’ai une portion de 10,6 km et 1500 D+ avec des marches, des marches et encore des marches, avant de voir le prochain ravito. Le soleil a commencé à percer, il fait hyper chaud. Je regrette de mettre couverte ! Au bout de 5km j’ai déjà presque fini ma réserve d’eau tellement j’ai chaud, et pourtant la montée ne fait que commencer.

D’autres s’aventurent sur le 115km…

Je discute tout le long avec un coureur du Pays basque et une fille des Alpes qui se sont engagés sur les 115km. Ils ont encore un sacré rythme alors qu’ils ont passé toute la nuit dehors, ça me motive à ne pas râler! Ca y est, je n’ai plus du tout d’eau, et il me reste encore 3km avant le ravito. C’est tellement long ! Et comme un mirage, il apparaît : Le ravito du Pico Ruivo. A l’intérieur, beaucoup de gens ne sont pas bien, assis sous des couvertures de survie. Je me dis que finalement je ne suis pas si mal que ça. Je bois deux verres de coca, mange des bananes et je file. Il paraît que la suite sera vertigineuse !

Des paysages à couper le souffle !

Entre le km 38 et 45, on traverse des paysages magnifiques. C’est compliqué de courir car la montée m’a pris beaucoup d’énergie. Le vide est vraiment présent partout. Il y a une cordelette qui rassure, mais bon, un pas de travers et c’est la cata. On enchaîne des sentiers sculptés dans la falaise, des échelles également. Certaines ont perdu des barreaux et en dessous, c’est le vide.

On se serre les coudes avec la traileuse des Alpes qui n’est pas hyper rassurée non plus ! Puis on traverse plein de tunnels creusés directement dans la roche. Ce chemin est vraiment incroyable ! On ne s’ennuie pas ! Puis arrive le fameux Pico do Areeiro, et sa crête aérienne ! C’est magnifique ! J’aperçois juste après Mathieu, quelle surprise !

Je me dis avec joie que le ravito ne doit pas être très loin, c’était sans savoir que monsieur avait couru 4km pour venir me voir… Zut ! Encore 4 km !  Allez, on ne lâche pas, ça descend ! J’ai tellement de mal à dérouler, j’altern-e course à pied, marche… Puis je finis par me booster ! « Allez Aurore, maintenant tu cours ! »

Regain de motivation !

J’enchaîne des kilomètres et des kilomètres. J’arrive à courir alors que je vois les autres marcher. A un moment, je serais comme eux vidée d’énergie, mais j’en profite tant que je suis bien pour dérouler. En 20 km de course, je gagne 25 places. Avant l’avant-dernier ravito, j’entends une petite voix qui supporte tous les coureurs, pas de doute, c’est la voix de Chloé ! Je crie « Chloé, je suis là !!! », et là je les entends hurler pour me supporter ! Ça me donne un coup de boost énorme de les voir ! Ils sont venus me voir après leur marathon, ça me touche tellement !

La fin approche !

Je prends 5 minutes au ravito, je sens la fin proche et je commence à être vraiment fière de moi, j’ai envie de pleurer de joie. Je me ressaisis en me disant que la course n’est pas finie, et que rien n’est gagné !

A présent il commence à faire nuit. Il me reste 15km, j’ai l’impression que ce n’est rien… Et pourtant ces kilomètres vont être éprouvants. Je les imaginais descendants, mais non. Il y a des montées, des descentes, et des relances tout le temps. J’ai l’impression d’être sur un terrain de cross. J’attaque un sentier dans une forêt qui glisse beaucoup. Dans le noir il est difficile d’appréhender les obstacles. Je tombe plusieurs fois, je perds mes bâtons. Le ravin n’est jamais très loin. Heureusement, un coureur a décidé de finir sa course avec moi.

On râle ensemble, on se motive, on s’arrête en même temps pour marcher quand ça ne va plus, on se remotive pour courir… On passe dans des endroits magiques en bord d’océan. Puis, arrive le final au bord des levadas, c’est interminable… On voit la ville de Machico, et pourtant on ne voit jamais l’arrivée. Les douleurs aux pieds commencent à se faire sentir. Je commence également à avoir mal au ventre. Le mental est en train de décrocher parce que je sens l’arrivée !

Des voix… la finish line !

Certains coureurs accélèrent, je me dis que c’est encore trop tôt pour moi. Et d’un coup, la voix du speaker se fait entendre. La finisline sur le port se devine. Je relance, tant pis pour les douleurs, je veux arriver le plus vite possible !! Je me motive pour courir, il me reste deux kilomètres et je suis à fond ! Une bonne chute calme un peu mes ardeurs, mais j’ai tellement envie d’arriver que je me remets à courir de plus belle. Je dois faire du 11km/h. La finishline est là, à 500 mètres !! Je vois et j’entends mes supporters préférés, Chloé, Adrien et Mathieu qui me crient dessus. Fiction ou réalité ? Je ne sais plus où je suis, comment je suis arrivée là, pourquoi j’ai fait ça… Mais tout mon être cherche à passer la ligne d’arrivée.

Je l’ai fini ! Je l’ai fait ! En 16h23 alors que je comptais le faire en 18h minimum. Je suis heureuse ! Tellement heureuse !!! Je retrouve les copains, ils sont fiers de moi, moi j’ai du mal à réaliser. Ils m’apprennent que je suis 15èmeféminine et 132e/450 au scratch.

Un bilan très positif !

Ca aura été une course incroyablement difficile ! J’étais préparée et pourtant je ne m’attendais pas à un parcours aussi escarpé ! Du coup je suis fière et, en même temps, vraiment épuisée. La nuit qui a suivi je n’ai dormi que 3h tellement j’étais heureuse, fière de moi et émue par mes amis et ma famille qui m’ont soutenu sur la course en direct ou à distance. Un bonheur que je ne peux pas exprimer ni mesurer.  Un bonheur qui te donne envie de rechausser tes baskets le lendemain alors que la veille au soir j’avais juste envie de ne plus jamais les mettre.

Bref, si un jour vous voulez faire l’ultra de la MIUT, foncez-y, c’est incroyable … mais préparez-vous !

Communauté de running, pour ceux qui courent par plaisir et avec le sourire !

1 Commentaire
  • Sarahjones
    Publié à 22:53h, 31 mai Répondre

    Un super récit venant d’une superbe happy runneuse ❤

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